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Du bon usage de la thérapie à distance et de la télé-consultation psychologique

Une thérapie à distance devient-elle par sa connexion distante en partie « virtuelle » ? Donc moins efficace ou moins engageante ? En fait, une thérapie à distance demande au thérapeute des compétences spécifiques. Nous exposerons ici les avantages et les limites des conditions d’entretien individuel psychologique en visio-conférence de type Skype, Facetime, Zoom.

Les débats entre psychologues sur l’efficacité, l’éthique, la déontologie d’un entretien psychologique à distance sont plutôt contrastés dans leur position et leur préférence.

Quels sont les avantages et bénéfices de la téléconsultation psychologique et de la thérapie à distance ?

Avant d’aller plus loin sur la partie efficacité, nous pouvons déjà retenir ces avantages :

  • L’accès au soin dans des zones mal desservies
  • Toute problématique de déplacement, de temps et de coût
  • Des plages horaires plus étendues
  • Choisir le lieu et le moment selon ses contraintes professionnelles
  • Pouvoir faire ou continuer une thérapie en déplacement ou à l’étranger
  • Problème de santé, maladie de longue durée, invalidité temporaire ou permanente
  • Problématiques psychologiques empêchant le déplacement : agoraphobie, traumatismes encore présents, phobie, grande timidité…
  • Pouvoir faire connaissance avec un thérapeute et en savoir plus sur une thérapie, sur les modalités 
  • Accéder plus facilement au thérapeute : planning, disponibilités en ligne
  • Bénéficier d’un entretien ponctuel
  • Faire un premier entretien sans engagement pour « tester » les effets et le fonctionnement d’un entretien à distance, constater ou non si vous avez un bon contact, le sentiment de vouloir vous engager plus avant

Du bon usage des outils de visio-conférence. Pour ma part, je m’engage dans une thérapie à distance si les modalités suivantes sont respectées :

  • Une qualité de connexion suffisante pour bénéficier d’échanges en visio clairs et agréables ;
  • refus d’entretiens juste téléphoniques sans l’image (mais possible exceptionnellement et ponctuellement si le client est déjà avancé dans sa thérapie) ;
  • avoir pu réaliser une évaluation de la santé et des capacités mentales du client lui permettant un engagement dans une thérapie à distance : capacité de tolérance et de compréhensions, aptitudes cognitives et verbales, gravité des problématiques psychologiques névrotiques ou psychotiques, rationalité des objectifs de changement, environnement de vie, contexte familial – liste non exhaustive ;
  • l’acceptation des modalités de ponctualité, de fréquence entendue par avance et de règlement des séances, de confidentialité (toute présence tierce sera proscrite), d’engagement éthique : réciprocité d’interdiction de tout enregistrement.

Quels sont les arguments contre l’absence physique en présentiel lors d’un entretien psychologique ? 

Les psychologues « opposants » retiennent dans leurs arguments :

  • Une différence de lien avec leur client, l’absence physique pouvant rendre plus distants les rapports humains ou l’engagement du client dans la thérapie ;
  • le développement de plate-forme à distance à orientation « commerciale » offrant une immédiateté mais ne garantissant pas le niveau d’expériences et d’expertises des thérapeutes ;
  • les problématiques de confidentialité pendant une visio-conférence, la présence de personne tierce ou de membre de la famille ;
  • manquer d’informations sur le client : voir ses gestes, son attitude physique, connaître les états et mouvements du corps en séance ;
  • la possibilité que certains clients « craquent » en séance et que le soutien physique en présentiel puisse manquer au thérapeute pour garantir au client le meilleur soutien possible et sa sécurité psychologique.

Souvent, les thérapeutes réfractaires à la télé-consultation sont peu expérimentés sur l’usage de la caméra et des entretiens à distance. Parfois même, ils sont mal à l’aise avec leur propre image ou d’être seulement en face à face : visage face visage, parfois en gros plan. Il est essentiel que chaque thérapeute détermine librement le cadre dans lequel il se sent le mieux et le plus efficace. La préparation conjointe d’un bon cadrage caméra est importante autant pour le client que le thérapeute. C’est un compromis permettant de distinguer suffisamment les traits et expressions du visage que les gestes des mains par exemple.

Lors du premier entretien en télé-consultation, il est nécessaire que le thérapeute valide avec son patient la pertinence d’une thérapie à « distance ».

Ainsi par exemple, lors des premiers échanges, j’insiste quelques minutes pour ma part sur les points suivants :

  • Le client a-t-il des gênes particulières avec la télé-consultation ? L’usage de la caméra ? L’a-t-il déjà pratiqué pour son travail ou pour une autre consultation médicale ou psychologique ? Est-ce un choix par contraintes ? Lesquelles ?
  • Sera-t-il seul pendant les visios ? Pourrait-il être entendu ou dérangé ?
  • A-t-il des questions sur l’utilisation du logiciel de visio ? Sur le déroulement des séances ?
  • Le client souhaite-t-il vérifier le parcours de formation de son thérapeute ? Les certifications de formations ? Son titre de psychologue et l’agrément de l’Agence Régionale de Santé pour exercer en libéral ?
  • A-t-il pris connaissance du site internet du thérapeute ?  De la présentation de ses approches et spécialités ? Et pour ma part des articles de blog comme celui-ci ou celui expliquant comment tirer le meilleur parti d’une séance psychologique à distance ?

Nous pouvons ajouter ici les précautions particulières propres à la thérapie ICV à distance que le thérapeute devrait prendre :

  •  Prendre un temps plus approfondi pour faire l’anamnèse du patient, évaluer son contexte, la qualité des possibilités de soutien personnel et familial, sa situation professionnel, médicale, affective, etc..
  • Identifier les traumatismes, leurs gravités et leurs conséquences actuelles sur la vie du patient, s’assurer en cas de doute, avec son superviseur, que le traumatisme peut être traité par une thérapie à distance et éventuellement avec quelles précautions supplémentaires
  • Expliquer au patient la nécessité d’une progression prudente et mesurée afin que la relation thérapeutique et le travail du patient s’accordent toujours à ses capacités de tolérance et d’intégration
  • S’assurer que la vidéo est de très bonne qualité ainsi que le son afin que le thérapeute puisse percevoir toutes les nuances des réactions physiques de son patient ainsi que ses tonalités de voix (et réciproquement pour le patient)

En conclusion, c’est toute l’expérience du thérapeute et ses savoir-faire, qui permettront de construire une alliance de travail entre lui et son patient suffisamment forte pour que la thérapie à distance soit le moins possible un facteur de réduction du lien humain et donc du lien thérapeutique. 

Nous parlons d’alliance de travail dès lors qu’il est compris par le patient, que son thérapeute s’engage aussi dans un travail, qu’il est sincère, bien présent, ouvert, bienveillant et sans jugement. Le thérapeute aura pris soin de co-valider les objectifs de changement du patient, déterminant avec lui préalablement les indicateurs de réussite. Le thérapeute sera aussi ouvert à faire le point régulièrement pendant la thérapie sur les progrès, les difficultés, voire parfois le changement des objectifs, selon les nouvelles perspectives et besoins ressentis par son patient.


Frédéric LAURA, psychologue, thérapeute ICV niveau 4 (cycle complet)

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